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Je travaille à l’argentique parce que je veux que la photographie garde de l’épaisseur - matérielle, temporelle et incertaine. Chaque image naît d’une suite de décisions lentes et irréversibles : choisir l’émulsion, accepter ses défauts, et déclencher une seule fois.

J’aime utiliser des pellicules périmées pour leur grain, leurs teintes imprévisibles et les accidents qu’elles offrent. J’associe cela à l’Ilford HP5 en noir et blanc pour sa matière, sa latitude d’exposition et sa façon de rendre la peau et la lumière en textures palpables. Selon la lumière et l’intention, j’ajuste parfois l’exposition - la contrainte reste toujours mon moteur créatif.

Le geste ne s’arrête pas au déclic. Parfois je développe moi-même, dans ma petite salle de bain, à la main ; souvent, je délègue au labo - la chimie, le temps et le savoir-faire du tireur font aussi partie de l’œuvre. Ensuite je scanne, généralement devant une série : je numérise les négatifs en haute définition puis je travaille la série (contraste, niveaux) sur Photoshop. Le scanner ne trahit rien : il révèle la chair de l’argentique, le grain, les micro-accidents et les zones de silence.

Travailler ainsi change tout : une pose n’est pas un prétexte à un millier de clichés, c’est une décision. La lenteur impose le soin, le cadrage juste, l’éclairage pensé, la responsabilité du regard. Les imperfections (sous-exposition, traces, rayures, voiles) ne sont pas des erreurs : elles deviennent des éléments narratifs, des indices d’authenticité.

Soutenir ce travail, c’est soutenir une pratique où la matière compte, où chaque image porte l’empreinte du temps et d’un geste assumé.

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