đ LâAvent de Chaton - Jour 11/24 (Patreon)
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Il y a dix ans, jâĂ©tais Ă©tudiante en art, fauchĂ©e, idĂ©aliste, et un peu culottĂ©e - au sens propre.Je vendais mes petites culottes sur VendsTaCulotte.Oui, vraiment.Vous imaginez lâĂ©tudiante qui traverse Primark pour acheter un lot de culottes, les porte quelques heures, puis les glisse dans un sachet de congĂ©lation, une enveloppe craft, et hop : direction La Poste.Jâavais trouvĂ© ça complĂštement absurde⊠et paradoxalement trĂšs libĂ©rateur.CâĂ©tait une forme de survie joyeuse, bricolĂ©e, un business improbable mais assumĂ©.
Alors, quand aujourdâhui on me demande pourquoi je nâai jamais créé dâOnlyFans (ou Mym) - alors que jâaurais littĂ©ralement pu - jây repense toujours.Parce que ce nâest pas la pudeur qui mâa retenue.Ni la peur du regard.Ni la morale.
Au fil des annĂ©es, jâai reçu des propositions trĂšs concrĂštes :des shootings Ă©rotiques en duo, des offres pour des plateformes de fĂ©tichistes des pieds, des messages comme : « tu pourrais gagner tellement, juste en montrant ceci ou cela ».Et câest vrai : jâaurais pu.Je ne juge pas celles qui le font, au contraire - jâai une immense admiration pour les filles qui vivent de leur sensualitĂ©, de leur prĂ©sence, de leur capacitĂ© Ă maĂźtriser leur image et leurs frontiĂšres.Câest un vrai mĂ©tier, un vrai pouvoir.
Mais un jour, jâai compris quelque chose de trĂšs simple : si je devais vendre quelque chose, je voulais que ce soit mon art.
Pas parce que le corps ne serait pas digne dâĂȘtre commercialisĂ© - il lâest, et nombre de femmes en tirent une libertĂ© financiĂšre admirable.Mais parce que mon corps, lui, nâĂ©tait pas destinĂ© Ă ĂȘtre vendu en tant que tel.Je mâen sers, oui. Je le montre, je le mets en scĂšne, je lâexpose.Il traverse mes images, il en est parfois la matiĂšre premiĂšre.Mais ce que je propose au monde, ce nâest pas âmoiâ :câest ce que je construis Ă partir de moi.
La nuance est fine, volontairement brouillĂ©e :je monĂ©tise mon image pour aller vers mon art,pas pour en faire un produit indĂ©pendant.Mon dĂ©sir a toujours Ă©tĂ© dans la fabrication, pas dans lâexposition brute.CrĂ©er, raconter, transformer, sublimer - voilĂ ce qui mâa tenue debout.
Et puis, soyons honnĂȘtes : aujourdâhui, tout est une question de marketing, non ?Quâon vende un Polaroid, un podcast, une photo de ses pieds ou un tirage Fine Art,la mĂ©canique reste la mĂȘme : packager, sĂ©duire, raconter, fidĂ©liser.Il nây a plus vraiment de hiĂ©rarchie morale, seulement des stratĂ©gies diffĂ©rentes.
La mienne, ça a Ă©tĂ© de choisir la voie lente : celle oĂč je fais circuler mes interrogations, mes archives, mes histoires, mes images,plutĂŽt que mon corps âdirectementâ.
Câest un choix, pas une posture.Un choix qui ne prĂ©tend pas ĂȘtre universel.Un choix qui dit simplement : je prĂ©fĂšre vivre de ce que je crĂ©e, plutĂŽt que de ce que je suis.
Et vraiment, sincĂšrement,chaque fois que je vois une femme maĂźtriser son image, monĂ©tiser sa sensualitĂ© et financer sa vie grĂące Ă sa libertĂ©âŠune part de moi applaudit.Et pour la forme - pas pour le fond - un petit selfie pour accompagner cette rĂ©flexion.