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Il y a dix ans, j’étais Ă©tudiante en art, fauchĂ©e, idĂ©aliste, et un peu culottĂ©e - au sens propre.Je vendais mes petites culottes sur VendsTaCulotte.Oui, vraiment.Vous imaginez l’étudiante qui traverse Primark pour acheter un lot de culottes, les porte quelques heures, puis les glisse dans un sachet de congĂ©lation, une enveloppe craft, et hop : direction La Poste.J’avais trouvĂ© ça complĂštement absurde
 et paradoxalement trĂšs libĂ©rateur.C’était une forme de survie joyeuse, bricolĂ©e, un business improbable mais assumĂ©.

Alors, quand aujourd’hui on me demande pourquoi je n’ai jamais créé d’OnlyFans (ou Mym) - alors que j’aurais littĂ©ralement pu - j’y repense toujours.Parce que ce n’est pas la pudeur qui m’a retenue.Ni la peur du regard.Ni la morale.

Au fil des annĂ©es, j’ai reçu des propositions trĂšs concrĂštes :des shootings Ă©rotiques en duo, des offres pour des plateformes de fĂ©tichistes des pieds, des messages comme : « tu pourrais gagner tellement, juste en montrant ceci ou cela ».Et c’est vrai : j’aurais pu.Je ne juge pas celles qui le font, au contraire - j’ai une immense admiration pour les filles qui vivent de leur sensualitĂ©, de leur prĂ©sence, de leur capacitĂ© Ă  maĂźtriser leur image et leurs frontiĂšres.C’est un vrai mĂ©tier, un vrai pouvoir.

Mais un jour, j’ai compris quelque chose de trùs simple : si je devais vendre quelque chose, je voulais que ce soit mon art.

Pas parce que le corps ne serait pas digne d’ĂȘtre commercialisĂ© - il l’est, et nombre de femmes en tirent une libertĂ© financiĂšre admirable.Mais parce que mon corps, lui, n’était pas destinĂ© Ă  ĂȘtre vendu en tant que tel.Je m’en sers, oui. Je le montre, je le mets en scĂšne, je l’expose.Il traverse mes images, il en est parfois la matiĂšre premiĂšre.Mais ce que je propose au monde, ce n’est pas “moi” :c’est ce que je construis Ă  partir de moi.

La nuance est fine, volontairement brouillĂ©e :je monĂ©tise mon image pour aller vers mon art,pas pour en faire un produit indĂ©pendant.Mon dĂ©sir a toujours Ă©tĂ© dans la fabrication, pas dans l’exposition brute.CrĂ©er, raconter, transformer, sublimer - voilĂ  ce qui m’a tenue debout.

Et puis, soyons honnĂȘtes : aujourd’hui, tout est une question de marketing, non ?Qu’on vende un Polaroid, un podcast, une photo de ses pieds ou un tirage Fine Art,la mĂ©canique reste la mĂȘme : packager, sĂ©duire, raconter, fidĂ©liser.Il n’y a plus vraiment de hiĂ©rarchie morale, seulement des stratĂ©gies diffĂ©rentes.

La mienne, ça a Ă©tĂ© de choisir la voie lente : celle oĂč je fais circuler mes interrogations, mes archives, mes histoires, mes images,plutĂŽt que mon corps “directement”.

C’est un choix, pas une posture.Un choix qui ne prĂ©tend pas ĂȘtre universel.Un choix qui dit simplement : je prĂ©fĂšre vivre de ce que je crĂ©e, plutĂŽt que de ce que je suis.

Et vraiment, sincĂšrement,chaque fois que je vois une femme maĂźtriser son image, monĂ©tiser sa sensualitĂ© et financer sa vie grĂące Ă  sa liberté une part de moi applaudit.Et pour la forme - pas pour le fond - un petit selfie pour accompagner cette rĂ©flexion.

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Comments

Alex L.

Merci Mathilde pour ce tĂ©moignage. C'est tellement vrai et bien Ă©crit.. Ă©videmment je ne suis pas une femme Ă  mĂȘme de juger mais cela correspond tellement Ă  ce que j'ai pu constater ! Merci pour ces mots pertinents

David

Ces retours d’expĂ©riences sont trĂšs intĂ©ressants ; tu devrais nous en faire plus ; les mots sont comme les photos, et parfois plus percutants encore (mais je prĂȘche pour ma paroisse). Le podcast sera un succĂšs !