Une chambre pour une nuit (Patreon)
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Ce week-end, j’étais à Nantes.
J’ai passé une nuit à l’hôtel et, comme souvent lorsque je me retrouve seule dans un lieu que je ne connais pas, j’ai eu envie de faire des photos. La décoration de la chambre y était sûrement pour quelque chose : ce papier peint très graphique, la tête de lit orangée, le grand miroir rond au-dessus du lit. Rien d’extraordinaire en soi, mais suffisamment pour créer une atmosphère, une sorte de décor provisoire dans lequel j’avais envie de me mettre en scène.
J’ai réalisé quelques autoportraits sur pellicule. Il faut encore que je termine le film avant de pouvoir le développer, alors je ne sais pas encore ce que ces images donneront. J’aime cette attente. Le fait de photographier sans pouvoir immédiatement vérifier le résultat me pousse à être davantage présente au moment où l’image se fabrique.
Je me rends compte à quel point le changement d’environnement agit sur mon regard. Quand je suis chez moi, les espaces deviennent invisibles à force d’habitude. Je connais chaque angle, chaque ombre, chaque objet. Ailleurs, tout redevient matière à observer. La lumière sur un mur, une texture, un miroir placé au bon endroit, une couleur inattendue. Mon attention se réveille.
C’est étrange, mais voyager, même seulement pour une nuit, me donne souvent l’impression d’avoir une meilleure raison de faire des photos. Comme si le déplacement lui-même légitimait cette envie de regarder plus attentivement. Pourtant, au fond, rien n’a changé. Je suis toujours la même personne derrière l’appareil. Seul le décor est différent.
Peut-être que ce que je cherche à travers ces escapades, ce n’est pas seulement de nouveaux lieux, mais cette sensation de disponibilité. Ce moment où l’espace devient inspirant, où l’on cesse de traverser les choses machinalement pour recommencer à les regarder vraiment.
En attendant de découvrir les images développées, il me reste ce souvenir-là : une chambre d’hôtel, quelques rayons de lumière, et l’envie soudaine de créer.