Victoria Woodhull, première candidate à la présidence des États-Unis (Patreon)
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La première femme candidate à la présidence des États-Unis a été Victoria Woodhull, en 1872. Son colistier était l’abolitioniste Frederick Douglass.
Si vous pensiez que Kamala Harris divisait l'opinion publique, attachez vos bobettes.
Victoria Woodhull était une anarchiste capitaliste (?), voyante, première femme courtière en bourse, rédactrice en chef d’un journal féministe, deux fois divorcée, amie des hommes les plus riches de son époque, spiritualiste et eugéniste.
Sa bio se lit comme les 14 saisons d’une série télé complètement unhinged.
Woodhull était considérée, même par les groupes féministes du temps, comme une radicale. Elle prônait l'éducation sexuelle, l'amour libre et la décriminalisation de la prostitution. Son journal a publié la première version anglaise du Manifeste communiste de Karl Marx.
Elle militait pour des réformes sociales en faveur du droit des femmes à ne pas se marier, à ne pas avoir d'enfants et à divorcer.
Avant d'applaudir trop vite, sachez que Woodhull s'opposait à l'avortement et, comme beaucoup de femmes blanches issues de milieux privilégiés, soutenait des idées eugéniques comme la stérilisation forcée.
En 1872, sept ans seulement après la fin de la guerre de Sécession, Woodhull s'est présentée aux élections contre le président sortant, Ulysses S. Grant, en tant que candidate du Equal Rights Party. Elle a choisi (à son insu et sans son consentement) l'abolitionniste Frederick Douglass comme vice-président. Celui-ci n’a jamais reconnu publiquement sa nomination.
Ironiquement, Woodhull n'a même pas pu tenter de se présenter le jour de l'élection, parce qu'elle était en prison. Elle n'a reçu aucun vote des électeurs.
Mme Woodhull a brigué la présidence à deux autres reprises, en 1884 et en 1892, sans succès. Elle a elle-même déclaré qu'il faudrait attendre au moins un siècle avant qu'une femme ne devienne présidente.

Get Thee Behind Me (Mrs) Satan est une caricature de Thomas Nast attaquant Victoria Woodhull, publiée dans la presse américaine en 1872.
Mais là, vous devez vous demander, au Québec en 1872, ils disaient quoi nos journalistes de cette candidate extrémiste radicale?
Voici un recensement des archives médiatiques de l'époque:
Le pays, 29 novembre 1871
Extrait :
Elle trouva, à travers les interruptions et les protestations incessantes, un éclair de véritable éloquence lorsqu'elle peignit les tortures de la femme mariée obligée d'accepter la maternité de la part d'un homme à laquelle elle n’est liée que par des liens maudits.
« Je proteste, at-elle dit, contre cette forme d'esclavage, je proteste contre la coutume qui force une femme à remettre à la discrétion de qui que ce soit les saintes fonctions maternelles pour lesquels elle a été créée. C'est à elle qu'il appartient de déterminer le temps et les circonstances dans lesquelles doit s'accomplir Ia plus grande œuvre du la création, la formation d’une âme immortelle. […] »
La presse américaine s'élève unanimement contre les doctrines antisociales développées avec un talent incontestable dans cette étrange lecture, et plusieurs journaux les condamnent avec une vertueuse indignation.


The Evening Star, 14 mai 1872

La Minerve, 30 août 1882

L'Opinion publique, 7 décembre 1882

La Minerve, 9 septembre 1889
Extrait :
« S'il fallait en croire les journalistes dont la prose est portée à notre connaissance dans ce prospectus, on les aurait persécutées de la manière la plus odieuse. Chose certaine, c'est qu'elles ont connu Ia prison et tous les moyens de répression inventés par le sexe fort. Mais nos héroïnes triomphèrent en quelque sorte de tous les obstacles.
Pendant un voyage en Angleterre, elles capturèrent, I'une un lord et l'autre un banquier anglais, ce qui prouve qu'elles ont été plus heureuses que maintes avocates des droits de la femme. »

The Montreal Daily Herald, 19 octobre 1892
Extrait:
« The candidate thinks that it may take a Century or so to get a woman into the Presidential chair, and that she does not expect to be elected this time. She does not contemplate the subjugation of man, but believes that a stronger and larger race of women will be bred who will bear an equal half of the burden of the state. »

La presse, 26 octobre 1948

Le Courrier Sud, 21 octobre 1980

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