Il y a 100 ans : l'intersexuation dans les archives de la presse québécoise (Patreon)
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Coucou les coquelicots!
Bienvenues à cette 2e revue de presse historique.
Puisqu’on a tous·tes reçues un crash course en «chromosologie» cette semaine, visitons-donc les archives médiatiques québécoise sur l’intersexuation, pour savoir si c’est juste J.K. Rowling et Richard Martineau qui n’étaient pas encore au courant.
Préparez-vous à dire « Ah ben coudonc » une couple de fois.
Avertissement : il est beaucoup question «d’hermaphrodisme», un terme qui n’est plus utilisé aujourd’hui.
Le devoir, 11 décembre 1924

Il y a 100 ans, le frère Marie-Victorin, botaniste et intellectuel, exposait la théorie des chromosomes de Bridges à l’Université de Montréal.
Causerie sur le déterminisme du sexe :
Et Bridges conclut que ce n’est pas la simple possession de chromosomes XX qui fait la femelle, ni l’X qui fait le mâle, mais que le sexe est un rapport entre la somme des chromosomes sexuels à tendance femelle, et la somme des facteurs des autosomes à tendance mâle. Ces faits qui ramènent l’une à l’autre la théorie chromosomique et la théorie physiologique ont encore l’avantage d’expliquer les intersexes.
Bulletin de la Société médicale des hôpitaux universitaires de Québec, octobre 1935



En 1935, deux médecins analysent un cas d’intersexuation reçu au Service de Gynécologie de l’Hôtel-Dieu de Québec.
« Apparemment, il y avait donc chez elle des signes extérieurs de l'homme et de la femme.»
Photo-journal : tout par l'image, 5 février 1953

En 1953, le Photo-journal titre : C’est à six ans qu’on doit changer de sexe!
Le Dr Hooks a dit que les changements de sexe n’ont rien d ’extraordinaire. La littérature médicale compte plusieurs histoires de cas de tel changement, et ce, depuis l ’antiquité. À Galveston même, on a traité dix cas semblables depuis 1943.
Les méthodes de transformation sexuelles comprennent des injections d’hormones, l’intervention chirurgicale, la psychothérapie, ou bien l’intervention chirurgicale seule.
Le Dr Hooks souligne cependant que des personnes complètement normales ne peuvent pas changer de sexe. Les personnes traitées sont des hermaphrodites ou de pseudo-hermaphrodites. Les hermaphrodites ont à la fois les organes masculins et féminins; les pseudo-hermaphrodites ont des organes internes féminins et des organes externes masculins, ou bien vice versa.
Le Dr Hooks soutient que les cas sont plus nombreux que le public le croit, mais que c’est là un sujet que les gens sont portés à éviter. «Si on en parlait plus ouvertement, ajoute ce spécialiste, nous pourrions aider plus de gens à vivre une vie mieux adaptée, non seulement pour leur bien, mais aussi pour celui de la société.
La patrie : l'hebdo des canadiens-français, 8 avril 1965

En 1965, dans le journal La patrie, le Dr Roméo Boucher explique l’intersexuation et la transidentité.
Chez l'embryon humain, c'est-à-dire chez tout être conçu existent des états intermédiaires entre l'état de mâle et l’état de femelle qui peuvent donner des transformations plus ou moins apparentes d'un sexe vers l'autre.
Laval médical, février 1966

La revue médicale de l’Université Laval consacre une étude sur les aspects psychiatriques de l’intersexualité en 1966.
Car le sexe imposé à de tels sujets, se référant à leur morphologie externe, peut assez fréquemment être à l'inverse du sexe génétique, gonadique ou endocrinien.
Le soleil, 25 août 1976

En 1976, la Dre transgenre Renée Richards s’oppose aux tests chromosomiques dans le sport, citant notamment les athlètes intersexes.
Mais les pseudo hermaphrodismes masculin ou féminin ne se manifestent pas toujours ouvertement dès la naissance. Ils dépendent aussi de la sécrétion hormonale qui accompagne la puberté et agit sur le développement des organes sexuels internes et externes. Si bien que des enfants déclarés garçons ou filles à la naissance en raison de leurs attributs sexuels apparents peuvent fort bien, à ce stade de leur développement manifester ce qu'ils sont dans la réalité de leur cellule II existe alors des processus chirurgicaux suivis de traitement aux œstrogènes qui permettent de réparer cette aberration du développement cellulaire, cause de l'erreur d'interprétation des organes génitaux tels qu'ils sont apparus chez le nouveau-né.
La nouvelle barre du jour, 1979

Dans la revue littéraire La nouvelle barre du jour, en 1979, Richard Boutin consacre un texte à Herculine Barbin (Alexina B.), une femme intersexuée née en 1838. Assignée femme à la naissance et forcée de vivre en homme à la suite d’une décision juridique à 21 ans, elle se suicide à 30 ans.
Fait intéressant, Richard Boutin utilise le pronom ille dans son texte, 42 ans avant l’introduction du pronom iel dans Le Petit Robert.
Il y eut un moment où ce corps trouble, brouillé ne trouvait plus à s’insérer, ou plutôt, était démobilisé du lieu où bien naïvement on l'avait logé (moment où seule la fente se laissait voir), «là» femme.
À l’âge de vingt-cinq ans, ille décide de rédiger le récit de sa vie (1863), du moins les faits marquants de sa femellité : orpheline de père, pensionnaire, institutrice, amoureuse. Tout échoue jusqu’à la douleur de la solitude.
Québec science, 2001

Enfin, en 2001, la revue Québec science offre un dossier de 5 pages sur les multiples et complexes variations chromosomiques.
Et dire que, depuis la petite école, on croyait que tout était coulé dans le béton : un seul chromosome fait la différence entre les hommes et les femmes, celui transporté par le spermatozoïde qui féconde l’ovule. Si c’est un X, un bébé fille (XX) verra le jour. Si c’est un Y, un bébé garçon (XY) se pointera le bout du nez. Point à la ligne.
Pourtant, la nature a de ces caprices que la science commence à peine à démystifier... Des hommes XX. Des femmes XY. Des femmes X. Des hommes XXY. Des hommes XYY. Des femmes XXX (rien à voir avec celles qui ornent les magazines pour adultes)... Il existe même des XXXY, des XXXX, des XXYY, des XYYY, des XXXX et de rarissimes XXXXY, XXXYY, XXYYY, XYYYY et XXXXX.
Voilà. On ne pourra pas dire qu’on ne le savait pas...