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La minute mistorique avec Tantine Abattoir. 


La Presse, samedi 10 juin 1899 

Réflexion d’un vieux garçon sur la conférence de M. Bourassa

Les gens qu’amusent encore les pensées humaines et les microbes de la dispute qui voltigent dans l’air ont eu quelque plaisir dernièrement à entendre la jolie conférence de M. Bourassa sur le rôle de la femme et les protestations qu’elle soulève dans le bataillon féminin.

Qu’il soit permis à un vieux garçon grincheux, mais au demeurant assez désintéressé de lancer à son tour sa bulle de savon contre le vent. […]

Tout le malentendu, au fond, semble avoir porté sur la fameuse théorie du féminisme. Le féminisme, à mon humble sens, est un mot fort élastique appliqué à une chose non moins élastique. Il peut brouiller, à peu de frais, quantité de bons esprits. Mais après tout, ce produit quelconque de la pensée humaine affublé d’un nom tout neuf, doit être, comme presque tous ceux qui ont fait leur tour du monde, composé de ses deux parts bien distinctes, qu’il n’est pas puéril d'examiner ou de soupeser avant d’en vouloir fixer la valeur: part des causes ou des faits qui l'ont fait éclore; et part des opinions ou des vocations qu’il engendre à tort ou à raison.

Ce sont là, du reste, des considérations que M. Bourassa noua a suggérées lui-même, sans s’y appesantir, parce qu’il a eu le bon goût de ne pas vouloir imposer à son auditoire une indigeste galette sociologique et philosophique. Le féminisme, si je ne me trompe, découle de deux faits assez simples: 1. Dans plusieurs pays, le nombre des femmes, dit-on, excède celui des hommes. D’une génération à l’autre, il s’accroît. Cet excédent doit vivre. Il le faut, au milieu d’une grande concurrence, par les moyens qui sont à sa portée, et — s’ils lui manquent — par ceux qu’il aura le talent et la force de conquérir.

2. Dans presque tous les pays, la manie croissante de l’instruction et d’une instruction qui veut toujours ajouter à son bagage, accélère sans cesse la montée des couches inférieures de la société vers les couches supérieures, c’est-à-dire vers une égalité relative, plus ou moins bien plantée sur quelque pied bot, et les femmes (je ne parle pas ici des porte-paroles toujours prêtes à se dresser sur quelque perchoir), les femmes, dis-je, qui ont comme les hommes, leur trouée à faire, la percent assez naturellement, sur le terrain où leur formation les a placées — non au-dessous — avec les aptitudes particulières à chacune d’elles — non avec celles de sa voisine; avec les nouveaux aperçus que lui ont suggéré une instruction et une expérience différentes de celle de ses aïeules.

Si ce n’est pas là une observation tout à fait inexacte, il n’est peut-être pas hardi d’admettre avec M. Bourassa et l’une de ses « honorables opposantes », que le féminisme, envisagé de ce côté, est un simple problème d'économie sociale, le résultat assez naturel d’une humanité plus compacte et d’une civilisation plus avancée ou plus compliquée, au 19e siècle qu’au 17e.

Et, à première vue, je ne verrais qu’un moyen pour faire sortir de cette impasse, l'humanité et la civilisation: c’est l’institution d’une loi par laquelle tous les 31 décembre, on noierait les petites filles qui auraient dépassé, au cours de l’année, le chiffre de naissances des petits garçons, tout en gardant en caisse le montant nécessaire pour fournir des secondes et troisièmes femmes aux veufs en herbe, et des religieuses et des célibataires majeurs aux œuvres pies en perspective.

Jacquot.


Comments

Josiane Robidas

Je suis de plus en plus en tabarnak. Merci, Tantine Abattoir :)