Avorter rapidement en région: «Tout ce qui m'obsède, c'est de mettre fin à ma grossesse» (Patreon)
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Tissu provenant d'un embryon de quatre semaines. Source : The Guardian
Une abonnée d’Abattoir m'a écrit hier pour me raconter sa quête d'un avortement médicamenteux en région. Je vous partage son message avec sa permission.
«J'habite dans une région un peu à l'est de Québec. J'ai 31 ans, deux jeunes enfants. Je suis enseignante. Je suis dans une relation stable avec un partenaire sain et à l'écoute. Mais je suis enceinte et je trouve que ce n'est pas le bon timing. L'avortement est un soin de santé auquel j'ai droit.
J'ai fait un test de grossesse positif quelques jours avant la date prévue de mes prochaines règles. J'appelle tout de suite mon médecin, qui me connaît depuis que j'ai 15 ans, qui a suivi mes 2 grossesses, et il me fait un papier autorisant ma demande d'avortement médicamenteux à l'hôpital (il ne peut me fournir lui-même le service). Je suis alors à 4 semaines, la limite est à 9 pour éviter l'avortement chirurgical.
J'ai dû appeler 4 ou 5 fois pour parler à quelqu’un à l'hôpital. Quand finalement je parle à une infirmière, elle me répond que le document de mon médecin n'est pas valide, qu'elle ne fait pas de "passe-droit" pour personne, et qu'elle ne me donnera pas de rendez-vous tant qu'un travailleur social n'aura pas attesté de ma capacité à faire un choix éclairé.
Elle m'explique néanmoins la procédure. Je l’informe que j’ai peur des milieux hospitaliers et que je ne tolère pas facilement les examens invasifs. Elle me rétorque que si je veux un avortement, je dois me soumettre aux examens qui seront jugés nécessaires, sans quoi "ils ne feront rien pour moi". Elle rajoute que je devrai prendre rendez-vous pour une ordonnance de contraception afin que "ça n'arrive plus".
J'estime être forte et avoir un bon système de support. J’imagine une femme plus jeune, en situation précaire, en détresse... c'est plus facile de poursuivre une grossesse que de l'interrompre.
Quelques jours et plusieurs messages plus tard, j’ai un rendez-vous de 15 minutes avec une travailleuse sociale. Je dois m'absenter du travail, je suis coupée une demi-journée. Son questionnaire est extrêmement infantilisant et humiliant: est-ce que je suis en couple? Depuis combien de temps? Est-ce que mon conjoint est au courant de ma démarche? Est-ce que j'ai des enfants? Est-ce que ce sera ma première IVG? Est-ce que je consomme? Est-ce que je suis certaine de mon choix?
Quelle joie d'apprendre ensuite que je suis apte à avorter!
Le temps file et malgré tout ça, je n'ai toujours pas de rendez-vous pour obtenir la médication. Je rappelle ce matin à l'hôpital pour voir s'ils ont reçu l'attestation de la TS. On me met en attente une dizaine de minutes. On revient pour me dire que oui, mais que ça doit être transmis à la centrale de rendez-vous. J'appelle ensuite à ladite centrale vers 10h30 ce matin. Ils n'ont pas mon document. Ils ne peuvent me garantir un rendez-vous, mais m'affirment que ça prendra jusqu’à 3 semaines.
Je me retourne vers le planning familial de la région. On me demande la même collecte de données. Je dois donc recontacter la TS. Je demande qu'elle faxe mon formulaire. J'attends un retour d'appel au moment de t'écrire.
Je veux deux pilules. Pas une chirurgie.
Là je fonctionne difficilement, je dois être efficace au travail alors que tout ce qui m'obsède, c'est de mettre fin à ma grossesse.»
On a discuté ensemble, j’ai essayé de trouver des alternatives dans sa région. Notre conversation s’est terminée sur une note douce-amère:
«Toujours pas de nouvelles de l'hôpital, j'pense que mon dossier est bien en dessous de la pile. J'étais à boute, j'ai finalement pris un rendez-vous à la clinique Morgentaler à Montréal. Ça a pris en tout et pour tout 8 minutes. La réceptionniste était scandalisée par mon histoire. J'ai une amie qui va se taper la route avec moi. Merci pour ton écoute et ta disponibilité. J'en avais vraiment besoin.»

L’avortement médicamenteux est la méthode la moins couteuse et la moins invasive, autant pour la patiente que pour le système de santé. Il s’agit de prendre deux médicaments, le mifépristone et le misoprostol, qui arrêtent la gestation et provoquent l’expulsion de l’embryon.
Pour les obtenir, une visite chez un médecin est obligatoire: un examen d’usage pour confirmer la grossesse et l’état de santé de la personne qui souhaite l’interrompre. La procédure se fait ensuite chez soi, dans ses affaires. Une deuxième visite chez un médecin n'est pas requise.
Au moment où la femme qui m'a écrit a commencé ses démarches, elle était dans la situation idéale pour cette méthode: elle était à 4 semaines de grossesse. Plus c’est fait tôt, moins c’est douloureux, plus c’est efficace.
Même une infirmière radicalement contre l’avortement devrait pouvoir comprendre que le temps est un allié dans ces situations. Les hôpitaux font constamment du triage pour déterminer les procédures prioritaires, ce n'est pas une question de "passe-droit".
Si elle n’avait pas eu les moyens de se rendre à 4h de route de chez elle pour obtenir le service rapidement, elle aurait été rendue à 8 semaines pour l’obtenir dans sa région. Une semaine de plus, et elle aurait été forcée d'avoir recours à la méthode chirurgicale, beaucoup moins pratique, plus chère, plus longue.
Québec doit améliorer l’accès à l’avortement
«À l’heure actuelle, le droit à l’avortement ne se traduit pas par un accès facile pour toutes les Québécoises. Cet accès est inégal d’une région à l’autre.
Il est même, dans certains cas, carrément compromis à cause des longues distances à parcourir, du fait que les femmes doivent prendre un congé de travail pour l’obtenir, qu’il peut y avoir des périodes d’attente et un manque d’informations.
Dans la région de la Capitale-Nationale, qui couvre une grande superficie, il n’y a que deux cliniques pour avoir un avortement. Ce n’est pas normal, et surtout injuste, que les femmes qui vivent dans des régions dites éloignées soient défavorisées par rapport à celles qui vivent en milieu urbain.» - Ruba Ghazal, députée de Québec solidaire.
Revue de presse de la semaine du 4 juin
Le misogyne professionnel Pat Robertson, célèbre télévangéliste conservateur, est mort à 93 ans
C'est cet américain qui avait écrit en 1992 cette phrase célèbre, devenu un meme depuis:
«L'agenda féministe ne concerne pas l'égalité des droits pour les femmes. Il s'agit d'un mouvement politique socialiste et anti-famille qui encourage les femmes à quitter leur mari, à tuer leurs enfants, à pratiquer la sorcellerie, à détruire le capitalisme et à devenir lesbiennes.»
Robertson était un être humain ignoble et dangereux et je me réjouis de sa mort. Voilà pour la bonne nouvelle du jour! Le reste est moins joyeux.
États-Unis : l’interdiction de l’avortement met en danger des millions de femmes
Des millions de femmes et de filles à travers les États-Unis ont subi une détérioration alarmante de l’accès aux soins de santé sexuelle et reproductive, suite à la décision de la Cour suprême des États-Unis annulant le droit constitutionnel à l’avortement en juin 2022, ont alerté vendredi des experts indépendants de l’ONU.
Les experts ont indiqué que les femmes et les filles en situation défavorisée sont touchées de manière disproportionnée par ces interdictions. Ils font ainsi référence aux femmes et aux filles issues de communautés marginalisées, de minorités raciales et ethniques, de migrants, de femmes et de filles handicapées, ou vivant avec de faibles revenus, dans des relations abusives ou dans des zones rurales.
Human Rights Campaign declares a national state of emergency for LGBTQ+ people
La Human Rights Campaign déclare l'état d'urgence national pour les personnes LGBTQ+ vivant aux États-Unis.
Pour la première fois en quarante ans d'histoire, la plus grande organisation américaine de défense des droits des lesbiennes, gays, bisexuels, transgenres et queers a déclaré l'état d'urgence national pour les membres de la communauté LGBTQ+, a déclaré mardi la Human Rights Campaign.
"Les Américains LGBTQ+ vivent dans un état d'urgence. Les menaces croissantes auxquelles sont confrontés des millions de membres de notre communauté ne sont pas seulement perçues - elles sont réelles, tangibles et dangereuses", a déclaré la présidente de l'organisation, Kelley Robinson. "Dans de nombreux cas, elles se traduisent par des violences à l'encontre des personnes LGBTQ+, forcent des familles à déraciner leur vie et à fuir leur domicile à la recherche d'États plus sûrs, et déclenchent un raz-de-marée d'homophobie et de transphobie accrues qui mettent en péril la sécurité de chacun d'entre nous."
Selon les données de l'American Civil Liberties Union, au moins 417 projets de loi anti-LGBTQ ont été déposés dans les assemblées législatives des États américains au cours du premier trimestre de 2023, ce qui constitue un nouveau record et représente le double du nombre de projets de loi de ce type déposés l'année dernière.
«La transphobie, la biphobie et l’homophobie sont toutes en hausse», déplore Justin Trudeau
Les enfants qui ne voient pas de drapeau de la fierté dans leurs écoles devraient savoir qu’il y en a un qui vole pour eux sur la colline du Parlement, a déclaré jeudi le premier ministre Justin Trudeau, condamnant la forte augmentation des lois restreignant les droits des personnes transgenres aux États-Unis.
Arnold Schwarzenegger s’excuse pour avoir «tripoté» plusieurs femmes
Cinq jours avant l’élection du gouverneur de Californie en 2003, le Los Angeles Times a publié une enquête dans laquelle six femmes accusaient l’acteur de Terminator de les avoir humiliées et tripotées. Au total, 15 femmes ont mis en avant des attouchements de sa part.
À l’époque, l’acteur a nié ces allégations, déclarant qu’elles étaient «inventées» et qu’il n’avait «jamais tripoté personne»
Abordant le scandale dans son documentaire intitulé Arnold, l’ancien culturiste a déclaré: «Au début, j’étais un peu sur la défensive. Aujourd’hui, je peux regarder les choses en face et me dire que l’époque n’a pas vraiment d’importance. Que ce soit à l’époque de Muscle Beach [NDLR: berceau de la forme physique à Venice, Los Angeles], il y a 40 ans, ou aujourd’hui, ce n’était pas bien. C’étaient des conneries. Oubliez toutes les excuses que j’ai pu sortir, c’était mal».
La compagnie aérienne Qantas autorise les hommes à se maquiller et les femmes à ne plus le faire
La compagnie aérienne australienne dit vouloir s’aligner davantage sur les mœurs actuelles. Désormais, les consignes ne seront plus genrées.
Conséquence : le personnel de cabine masculin sera désormais autorisé à se maquiller et le personnel féminin à abandonner les talons hauts.
Qantas a déclaré avoir révisé son règlement afin de mieux refléter les attentes modernes et de rendre les uniformes plus confortables pour son personnel issu de « milieux culturels divers ».

Je pars en voyage!
Il n’y aura pas de revue de presse pour les deux prochaines semaines, parce que je serai partie en road trip sur la côte anglaise pour célébrer mon 43e anniversaire! Ta-ta!
