Home Creators Posts Import Register Favorites Logout

Content

“Tu termines Shining Force II, c’est pour ça que tout va si bien.”

Sacré ami commun. Si je me considère comme le plus grand fan du monde de Shining Force premier du nom, il est sans doute l’équivalent, mais pour le deuxième épisode. C’est un débat sans fin que nous avons, sans jamais y trouver de conclusion convenable. C’est pourquoi lui dire aujourd’hui que j’arrive enfin à bout de Shining Force II sonne pour lui comme une victoire.

Entreprendre de traverser Shining Force II a toujours quelque chose de symbolique pour moi. Les deux épisodes incarnent à mes yeux l’apex absolu de la créativité de SEGA et la classe absolue de la team Sonic, tels qu’on les appelait alors. Les voir aujourd’hui sur une console Nintendo me provoque toujours un petit pincement au coeur. S’il ne devait rester qu’un seul marqueur culturel de mon adolescence, ce serait le bleu de ces lettres cerclées de blanc sur fond noir à chaque démarrage. “SEGA”. Mes premières consoles, mes premiers RPG.

Ce deuxième opus a quelque chose de vraiment particulier, parce que je ne l’ai jamais fini à l’époque. On passe tous à côté de quelques jeux, et moi le premier (ne dîtes pas à Puyo que je n’ai quasi pas avancé sur Phantasy Star IV, je le garde pour le premier jour de ma retraite, au coin du feu - espérons que ça n’arrive pas à 64 ans). J’aimais SF1 de tout mon cœur et ce, même avant de l’acheter. Grâce à quelques screenshots et un artwork d’une preview dans un magazine italien acheté au cours d’un voyage, j’étais embarqué. Je n’y comprenais pas grand-chose mais quelque chose dans le drapé de la cape du héros m’a frappé à jamais. Les capes de Shining Force ont toujours été les plus belles.

Les vrais héros portent des capes

Je crois que toute l’heroic fantasy se résume dans les capes. Pas dans les épées qu’on trouve en surnombre dans tous les Souls et les Fire Emblem. Ni dans le tir à l’arc devenu épreuve olympique. Les boucliers, désormais l’attribut de Captain America pour des millions de gens, non plus. Non, l’heroic fantasy, c’est l’étoffe, un peu marron comme les chapeaux d’un western, mais avec suffisamment de couleurs pour se revendiquer du style “anime”.

J’aime la manière dont elle se pose sur les épaules des protagonistes. J’aime voir un héros parachever son camouflage d’une belle capuche. Au début de sa carrière, le chara designer des Chroniques de la Guerre de Lodoss, Nobuteru Yûki, rendait, paraît-il, folle son équipe d’animateurs chargé de mettre en mouvement Deedlit, Parn et Ghim. Dans Dragon Quest XI, les drapés de capuches ont été un sujet de tension entre les scénaristes qui voulaient que les deux héros en portent durant leur scène d’évasion - et Toriyama qui leur a répondu que non, son design était bien comme ça, on n’y touche plus. Grosses négociations.

Un drapé aujourd’hui, ce sont des polygones qui se posent les uns sur les autres et qui se croisent. Combien de capes sont-elles allées bugger, par simple limitation technique, de temps ou de budget ?

La cruelle vérité, c’est que la cape du héros de Shining Force m’a toujours paru plus belle que celle de Shining Force II. Et de fait, quoiqu’il fasse, ça en fera toujours un meilleur jeu. “Bowie” (le nom du héros par défaut) m’a toujours paru être une erreur de casting. C’est dur d’exclure un jeu tout entier avant tout pour le look de son personnage principal ; je le concède mais j’étais comme ça.

Shining Force n’a jamais été considéré comme l’expérience la plus narrative de l’univers et, dans la plus pure tradition de Dragon Quest, son héros à jolie cape ne parle pas.

Ce que je ne m’attendais pas à retrouver en replongeant dans SF2, c’est une histoire aussi prenante. Toute la partie exploration libre est assez bluffante, sur un tactic de 1993. Je ne suis même pas certain d’avoir parcouru un Tactic-RPG qui tentait la même chose à cette échelle, à part sans doute Arc The Lad II C’est comme si on avait greffé toute une partie “RPG” sur l’expérience “wargame” .

Mais dans Shining Force 2, ce sont tous les autres personnages qui font l’ambiance.

Le sens du détail

On ne dira jamais à quel point cette série maîtrise le concept de promotion. Parce que ce n’est pas un vain mot ici, ni un simple color swap de bas étage. Arrivé au niveau critique pour changer de classe, tous les magnifiques sprites sont réinventés. Ils ont tous été redessinés et les attaques repensées. En jouant à Shining Force II à nouveau aujourd’hui, je me rends compte à quel point cette forme promue a été soignée. Je n’ai pas été une seule fois nostalgique de mes premiers costumes. Mieux que ça, j’ai eu le sentiment d’avoir deux fois plus de contenu.

Le sens du détail est tout simplement fou : chaque arme possède ses propres effets, des poses complètement différentes, sans recourir à des dérivés de couleurs issues d’une palette 16-bit. Les effets magiques, les petites fées qui régénèrent, les missiles d’artillerie, tout est tellement riche qu’il nous fait relativiser l’économie des RPG d’aujourd’hui. Chaque personnage dispose de ses propres expressions dans son petit cartouche, même les NPC sont suffisamment mémorables pour qu’on s'intéresse à eux.

Ce qui me marque le plus aujourd’hui, c’est à quel point les villes sont nombreuses, peuplées et vivantes. Dans les RPG tactiques, le premier truc qui dégage, généralement, ce sont les villes. Elles sont vite remplacées par des châteaux/hubs ou des monastères. Ici, les hameaux font partie intégrante de l'histoire.

L’histoire fait également la différence avec les concurrents de l’époque. Ok, ce n’est pas encore de l’imbroglio politique façon Matsuno, mais Shining Force II relève son niveau à intervalles réguliers. Le point de bascule est à mon avis le passage inspiré par Chérie j’ai rétréci les gosses, où les héros sont miniaturisés. Dans des caves sombres où seules quelques magnifiques lumières se posent sur les contours des personnages et des murs, on affronte des rats, devenus gigantesques. Des gros rats dans la pénombre, le point Dark Souls de cette redécouverte.

L’épopée miniature atteint son apogée quand, une fois dans le bureau, on affronte un jeu d'échecs. Pions, cavaliers, tours, fous, roi et reine vous combattent avec “plus ou moins” la logique du jeu ancestral. C’est assez étonnant de penser que cet épisode est presque contemporain de Dragon Quest Dai no Daibôken où les gentils affrontent aussi des persos inspirés des échecs. J’avoue que j’ai presque eu de la peine quand j’ai posé un échec et mat en me concentrant sur la pièce principale du camp adverse. C’est dur mais c’est le jeu. Il y a aussi un autre boss mémorable, dont on ne verra que les pieds et qui écrase les membres de la troupe par demi-douzaine.

J’ai beaucoup apprécié les personnages féminins. Elles n’échappent pas à des clichés presque contractuels du genre (“ah la jeune fille avec des stats de défense catastrophique est une healeuse”) mais elles sont généralement puissantes, en particulier May qui est à la fois archer et centaure. Les centaures, et plus généralement l’anthropomorphisme est un héritage du chara designer Yoshitaka Tamaki, déjà là pour Shining in the Darkness. Et puis c’est Sarah (oui, la même que l’on voit dans Shining Wisdom) qui est un peu à l’origine de toute cette aventure. Le début de l’aventure est tout simplement désarmant de candeur. Le blue blue sky, encore.

D’une certaine manière, je regrette un peu de ne pas avoir plus aimé Shining Force II à l’époque tant il renferme la quintessence de Sega. Évidemment, comme tout jeu de la série, son intérêt ne repose pas sur sa difficulté, le privilège de Fire Emblem à l’époque.

Et puis c'est vrai que la cape de Bowie, une fois sa promotion venue, est plutôt pas mal.

Files

Comments

Boris Keren Yuen

Merci beaucoup, ça donne bien envie. Malheureusement, j'avais vendu ma Megadrive (pour acheter une SNES US à cause de Street Fighter 2) au moment où Shining Force II est sorti, donc je ne l'ai jamais connu.

Nicolas Lacoste

Merci pour ces feels nostalgique, ça donne envie de tester ces jeux ! Mais y a t-il des versions françaises officiel ?

Zrat

Shining Force 2 est le premier RPG auquel j'ai joué et a une place spéciale dans mon coeur de gamer. C'est aussi mon premier jeu avec autant de texte en anglais. Je me souviens avoir été bloqué des mois lorsqu'il fallait utiliser le wooden panel sur l'arbre centenaire, à errer sur l'overworld et tout tester pour progresser dans le jeu. Le combat absolument inoubliable sur l'échiquier. Mais aussi un combat vers la fin du jeu où en adoptant une mauvaise stratégie j'ai perdu en début de combat la plupart de mes plus puissants personnages, mais j'ai réussi à le gagner avec tous mes "seconds couteaux" au terme d'une bataille extrêmement serrée. Un véritable moment shounen. Je suis content que tu l'aies apprécié. Ah et il n'y a pas de débat possible, l'Overworld thème du jeu est pour moi le vrai thème de toute la série Shining Force.

Erwan Le Caïnec

L'analogie "souvenirs de charisme" avec les capes est excellente. Pour moi, les capes les plus classes jamais créées étaient celles des chevaliers d'or de Saint Seiya. Comme quoi, chacun ses credo à l'époque. Je me tapais même des délires (L'a-t-on tous fait ?) en me mettant ma serviette autour du cou à la plage avec le vent en face ! Et là, cette puissance de cosmo-énergie que je ressentais avec ma serviette qui virevoltait au vent, c'était dingue !!! Ah la la, j'avais quoi, 10 ans ? Souvenirs...

Groar

Mon premier tactical et en toute objectivité l'un des meilleurs jeux de tous les temps. Je vois que Sarah a été évoluée avec son item spécial sur le screen ! C'était mon premier crush héhé.

Sébastien Heriot

Kamui, ta plume a le don de me faire acheter les jeux dont tu parles. Il m'en reste d'ailleurs encore beaucoup à commencer, et d'autres a terminer (Xenoblade Chronicle X je ne t'oublies pas), mais bon a 3 enfants ce n'est pas facile de tenir la cadence. Je suis aussi nostalgique de cette période où Sega tenait la dragée haute a Nintendo. Aujourd'hui je crois que les meilleurs instants gaming se sont faits sur Megadrive et plus tard sur PlayStation. Bref tu m'as encore donné envie de tester un "nouveau" jeu. Ok je le connaissais déjà mais a l'époque avec un jeu à Noël et un à mon anniversaire il fallait faire un choix. Continues a écrire avec passion, grâce à toi (ou a cause de toi) je vais même aller voir Flash 😬