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Ces derniers mois, j’ai l’impression que créer est devenu plus difficile.Pas par manque d’envie, mais par manque d’espace.

Le quotidien est rempli, dense, bruyant.Tout va vite, trop vite, et je me surprends à fonctionner presque uniquement en réaction : répondre, organiser, anticiper, résoudre.Il reste peu de place pour les idées qui arrivent lentement, celles qui demandent du silence et du temps pour exister.

Je me rends compte que s’ennuyer est devenu un luxe.Prendre une heure sans objectif, marcher sans destination, regarder la lumière changer dans une pièce… Tout cela semble presque inaccessible, comme si chaque moment devait être utile, productif, rentabilisé. Et pourtant, c’est souvent dans ces vides que naissent mes images.

Moi qui suis hyperactive, j’ai longtemps cru que cette énergie nourrissait ma création. C’est parfois vrai. Mais elle l’épuise aussi.Elle me pousse à remplir plutôt qu’à laisser venir.À produire plutôt qu’à observer.À avancer sans toujours prendre le temps de ressentir.

Et puis ce mois-ci, tout me rappelle qu’il faut que je fasse des photos.Les dates, les sujets, les injonctions presque silencieuses.Les droits des femmes. Le mois de l’endométriose.

Je ressens cette pression douce mais constante de devoir produire quelque chose qui fasse sens, quelque chose de juste, de nécessaire. Comme si l’absence d’image devenait elle-même une prise de position, ou un manque.

Mais comment encore faire une photo juste ?Comment photographier sans surplomber, sans illustrer, sans répéter des gestes déjà vus mille fois ?

Je me retrouve parfois paralysée par cette question.Je veux que l’image soit sincère, qu’elle ne soit pas seulement une réponse à un calendrier. Je veux qu’elle vienne d’un endroit intime, pas d’une obligation extérieure. Pourtant, les sujets sont importants, et je ne veux pas les ignorer non plus.

Alors je doute.Je me demande si la justesse ne se trouve pas justement dans cette hésitation.Dans le fait de ne pas avoir immédiatement la bonne image, de ne pas vouloir parler à la place, de chercher encore la bonne distance.

Peut-être qu’une photo juste n’est pas forcément une photo qui explique.Peut-être que c’est une image fragile, presque silencieuse.Une présence, un corps, une lumière, une sensation.

Quelque chose qui n’affirme pas mais qui écoute.Qui ne revendique pas mais qui laisse apparaître.

Et puis il y a aussi tout ce qui entoure la création, et qui pèse plus lourd que je ne l’imagine.Le shadowban Instagram, cette impression de parler dans le vide.Le fait de ne vendre aucun livre ces derniers temps, comme si les images n’arrivaient plus à trouver leur place.Le podcast qui me coûte beaucoup d’argent, du temps, de l’énergie, pour des retours encore fragiles.

Tout cela entame doucement l’élan.Pas brutalement, mais par petites fissures.Une fatigue qui s’installe, un doute plus présent, la sensation que créer demande de plus en plus, pour de moins en moins de visibilité.

Jeudi, je pars quatre jours à Florence, avec un appareil.Ce voyage a quelque chose de simple, en dehors du salon d’art et de design, des rencontres, du réseau, j’aimerais revenir avec une seule pellicule. Rien de plus.

Une pellicule faite de moments calmes, de lumières douces, de corps dans une chambre inconnue.Des autoportraits aussi, pour me retrouver dans ce ralentissement. Pour me remettre au centre, loin du rythme habituel.

Je ne sais pas encore ce que je vais photographier.Mais j’espère surtout retrouver cet espace intérieur, celui où les images apparaissent sans bruit.Celui où prendre le temps n’est plus un luxe.

Peut-être que la justesse commence là.

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Comments

dark violet

Bon voyage, tant que tu te poses toutes ces questions, tu avances, ne te laisse pas submerger par le quotidien, n’abandonne jamais, pas comme tant d’autres, pas comme moi

Victor Morris

Merci pour ces mots ; ton authenticité c’est ce qu’on aime aussi voir ; merci 🙏🏼 et beaucoup de belles ondes