Photographier ce qui échappe (Patreon)
Content
Un journal m’a demandé de réaliser une série de photographies pour illustrer un article autour du fantasme Prejac : ou comment chercher à jouir en quelques secondes.
Ce que beaucoup d’hommes redoutent devient ici un terrain de jeu, de désir, presque de performance inversée. Il ne s’agit plus de tenir, de contrôler, de durer, mais au contraire de lâcher prise trop vite, de transformer cette fragilité supposée en source d’excitation.
La commande était délicate. Il fallait créer des images qui ne soient pas trop explicites, mais qui gardent quelque chose de trouble, de tendu, d’érotique. Suggérer sans montrer frontalement. Faire exister l’intime sans l’écraser. Trouver une manière de parler du corps, du désir, de la perte de contrôle, sans tomber dans l’illustration trop littérale.
J’y ai beaucoup réfléchi, parce que représenter l’érotisme masculin n’est pas si évident. On a l’habitude de voir les hommes regarder, désirer, posséder l’image. Mais les photographier comme des corps désirés, vulnérables, traversés par la gêne, l’abandon, l’attente ou le fantasme, demande un autre regard.
Il y avait aussi cette question : comment montrer un érotisme masculin sans passer uniquement par la puissance, la domination ou la performance ? Comment laisser apparaître quelque chose de plus fragile, de plus ambigu, peut-être aussi de plus sincère ?
Ça m’a d’ailleurs fait penser au projet Lusted Men, cette collection de photographies érotiques d’hommes qui rassemble des images confiées par des photographes, sans distinction de genre ou d’orientation sexuelle. Partenaires, amours, modèles, amis ou autoportraits s’y déploient comme autant de manières de regarder les hommes autrement : comme des corps désirables, sensibles, offerts au regard.
Ce projet bouscule joyeusement les représentations de genre et rappelle que nos désirs, nos façons de regarder et de représenter les corps, ont aussi une dimension politique.
Voici donc les trois images réalisées.