Romancing SaGa Minstrel Song ne sera pas "Le dernier test" (Patreon)
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En novembre 1999, j’écrivais mon test de Chrono Cross pour Player One. Et soudain, ça m’est venu. "Et si c’était mon dernier article dans ce journal ?". Voilà ce que j’ai pensé. Étrange, car rien ne sous-entendait que le magazine allait disparaître. Et puis c’est arrivé, un mois plus tard, avant même que l’on mette en chantier le numéro 105. Une fois qu’on voit la fin arriver, on n’y pense plus vraiment.
Ce sentiment étrange m’a parcouru quand je bouclais mon article consacré à Dragon Quest X Offline. J’étais persuadé que le remaster de Romancing SaGa Minstrel Song serait mon dernier. Et finalement ça n’a pas été le cas. Après tout, mon premier article de jeux vidéo dans la presse JV n'était autre que le magnifique SaGa Frontier 2, j’y voyais comme une forme de continuité avec les jeux signés Akitoshi Kawazu.
La particularité quasi unique de Minstrel Song, c’est qu'il s'agit du remake délibéré d’un des plus mauvais jeux de la saga (Unlimited SaGa est hors concours). C’est fou quand on y pense. Qui peut bien se dire “prenons ce qu’on a fait de pire pour lui redonner une chance” ?
Nostalgie ou pas, Romancing SaGa premier du nom sur Super Famicom est de très loin le pire du pire de son auteur - mal fichu, mal terminé, et équilibré avec la douceur d’un rhinocéros. Mais Kawazu est comme ça. Minstrel Song devait être son dernier tour de piste avant d’aller de rejoindre le conseil d'administration de Square Enix ou un quelconque poste confortable de fin de carrière. La préretraite à moins de 60 ans, un rêve en somme.
Finalement, son destin a été tout autre. Il a été le soldat qui a terminé Final Fantasy XII à la place de Yasumi Matsuno, porté malade. L’ironie a voulu que le jeu le plus connu portant son nom ne soit pas le sien.
Entre fascination et répulsion
Akitoshi Kawazu me fascine. J’ai eu l’occasion de le rencontrer plusieurs fois, je me suis même occupé de lui comme traducteur le temps de sa tournée promotionnelle - c’était à l’époque de Final Fantasy The Crystal Bearers sur Wii. Il a toujours l’air un peu plus vieux qu’il ne l’est vraiment. Toujours un sourire en coin, rien ne peut laisser deviner qu’il a des idées de game design complètement barrées. J’ai toujours vu en lui une sorte de prof de fac qui porte des gilets marron à coudières. Mais je dois avouer qu’il m’a fallu du temps pour apprécier ses jeux. Souvent, je restais à leur porte, un peu comme si je n’étais pas assez "cool" pour en profiter.
Dans le test de SaGa Scarlet Grace, j’évoquais la Captatio benevolentiae, cette figure rhétorique qui consiste à s’aliéner un auditoire, pour rendre la situation la plus inconfortable possible et ne garder que deux ou trois interlocuteurs parmi une foule proscrite. Comme s’il y avait une volonté de créer le rejet par l’ambition (attention, je ne tiens cela ni de Clément Viktorovitch ni de Macron, mais d’un bouquin d’Umberto Eco). Et c’est sans doute pour ce motif que je me suis senti rejeté par ses jeux si longtemps. Il m’a fallu du temps pour apprécier son style. Je crois qu’à ce jour, je n’ai jamais fini un seul SaGa, sorti des épisodes Game Boy.
Alors pourquoi un remaster du remake de son pire jeu ? J’aime bien l’idée que tous les classiques PlayStation et PS2 puissent être disponibles à nouveau, d’une forme ou d’une autre, sans trop de complications. Et Minstrel Song en a autant le droit que Chrono Cross, Tactics Ogre ou Kamiwaza. Y rejouer aujourd’hui, avec un peu plus de confort moderne, à savoir moins de temps de chargement, une carte plus claire et des menus refaits, tout cet aspect “quality of life”, on ne peut qu’abonder.
Confort moderne
Romancing SaGa Minstrel Song est beaucoup plus facile d’accès que son homologue sur Super Famicom. C’est une aventure construite comme Live A Live, lui aussi rescapé à l’ère des remakes. A l’époque, je trouvais les personnages plutôt moches, ou au moins un peu louches. Cette impression s’est estompée : après des années, on s’est un peu habitués à l’esthétique farfelue façon JoJo des personnages de Tomomi Kobayashi. Même si j’ai toujours un problème avec leurs regards de poupées qui me glacent un peu le sang.
Confort moderne à nouveau, le remaster de 2022 propose un mode accéléré et une interface complètement refaite. Pas de niveaux ni d’expérience : on débloque juste des capacités et des techniques. Mais c’est surtout l’histoire qui m’avait marqué. Minstrel Song était très ambitieux, une tentative de monde assez libre, où toutes les histoires s'imbriquaient pour dresser une sorte de tableau typiquement SaGa.
Encore une fois, pur Kawazu oblige, j'ai découvert des éléments dont je n’avais pas conscience. J’ignorais complètement la notion de “Battle Rank” dans le jeu original. Soit une sorte de compteur invisible du nombre de combats réussis. Plus on se bat, et plus les affrontements deviennent difficiles, jusqu’à nous rendre la vie impossible. Quoi qu’il arrive. Comme dans Live A Live, on gagne parfois à esquiver les combats ou trouver des manières de contourner l’obstacle pour terminer une quête. Mais ça, c’est le genre de détails auxquels on ne faisait pas attention à l’époque. On ne lisait pas de wikis, les tests n’étaient pas nombreux et finalement, c’est pour toutes ces raisons que Square Enix fait des remasters aujourd’hui. Vagrant Story, on l’attend toujours.
Un ami fan au plus au point de Kawazu me rappelle toujours que ses jeux sont ceux d’un authentique passionné de jeux vidéo. En fait, comme les Souls de Miyazaki, on devine aussi que leur auteur est passionné de JDR, de jeux de plateau et de poésie. Et je dois avouer que tout cela, en 2005, me passait au-dessus de la tête. Cette année-là, on pleurait encore SEGA, et la GameCube lâchait son dernier râle. Tout ce qu’on voulait, c’était revivre les classiques d’il y a 5 ans. Xenogears, Grandia et même FFVII. L’heure n'était pas encore aux remakes, ni aux secondes chances. Ce remaster, je ne le finirai sans doute pas non plus (merci Fire Emblem Engage), c’est certain. Mais je trouve assez magnifique la chance de pouvoir s’y replonger 18 ans plus tard. Et de commencer une nouvelle étape de ma carrière ici, en commençant par un SaGa.
Ceci n’est pas mon dernier article.
K