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J'ai rushé en tabarli cette semaine à replonger dans mes souvenirs de fillette et d'adolescente bulliée, pour essayer de me remettre dans le contexte des ados d’aujourd’hui. Par grosses vagues qui remontent à la surface, des souvenirs de la petite fille malheureuse que je vois en photo aujourd’hui et qui me brise le cœur. J’aimerais tant pouvoir me prendre dans mes bras.

Je me suis souvenue, par exemple, que pendant un certain temps, je n’ingérais pas de nourriture devant les garçons. Que j’ai commencé à fumer à 13 ans pour me couper la faim. Je me suis souvenue que les profs ne disaient rien quand on m'appelait A-liche en classe. Que mes petits seins étaient une «distraction pour tout le monde». 

J'avais tellement d'idées suicidaires que je ne sais pas ce que j'aurais fait si on m'avait forcée à avoir des cours de natation mixtes. Ça me donne encore froid dans le dos d’y penser. Tout ça m'aurait plongée dans une plus profonde détresse que je ne l'étais déjà. Et je suis une femme blanche cisgenre issue d’une famille aisée. Je ne peux pas imaginer la réalité des jeunes marginalisés et stigmatisés. Mais je pense que je comprends en partie le malaise de l’adolescence.

C'est précisément ce qui m'a amené (ça et mes recherches des 5 dernières années) à la conclusion que le problème, c'est pas la structure des toilettes, pas plus que ce sont les bretelles spaghetti qui déconcentrent les gars, pas plus que c'est Barbie qui cause des troubles alimentaires, pas plus que c’est le vernis à ongle des garçons ou des enfants enby qui provoque l’homophobie.

Notre rapport aux genres, nos attentes et nos rôles tels qu’ils nous sont imposés à la naissance, teintent toute notre vie, toutes nos perspectives, notre potentiel, nos opportunités, nos relations. De notre façon de s’habiller à notre façon de manger, de se comporter, de vivre dans son corps dans nos espaces partagés. Jusqu’à se faire violence.

La rigidité et la violence avec laquelle les rôles et les stéréotypes de genre sont renforcés et maintenus, en particulier pendant les années charnières de la puberté et de l'adolescence, est préoccupante. L’acharnement de certains intellectuels, chroniqueurs et politiques à refuser d’explorer notre rapport aux genres est également révélateur.

L’ancien chef du PQ Jean-François Lisée déplorait cette semaine qu’on enseigne aux enfants à reconnaitre les stéréotypes de genre dans les cours d’éducation à la sexualité. Il prenait en exemple ce programme d'éducation à la sexualité du Ministère de l'Éducation:

«Le département de sexualité de l’UQAM a pris le contrôle de l’éducation sexuelle de nos enfants et ce n’est pas acceptable», dit-il.  «On enseigne plutôt la dévalorisation de l’hétérosexualité avec la valorisation de la "queernormativité"».

C’est ça que les conservateurs et consorts appellent «l’idéologie de genre».

Toujours cette semaine, entendu dans les médias sociaux et traditionnels, de la bouche des politiciens, des chroniqueurs, des parents, des ados eux-mêmes, voici le stéréotype de genre le plus communément admis chez les garçons : ils sont trop immatures pour être tenus responsables de leurs comportements, et il n’y a rien qu’on peut y faire.

Boys will be boys.

Vous êtes pas tannés, vous, de cette conception de la «masculinité» ? Les gars sont pas élevables, mal élevés, agressifs, impulsifs, nothing can be done about it? Aucun standard pour vos kids et pour vous-mêmes?

Il n’y a pas plus idéologique que d’insister sur la médiocrité des garçons et l’excellence des filles tout en étant convaincus de la supériorité des hommes et de l’infériorité des femmes. Tout en excluant du spectre toutes personnes qui ne s’identifie pas dans ce cadre arbitraire.

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Comments

Hélène B Point

Si tu savais a quel point je te trouve Hot de "t'infliger" les recherches trop pertinentes que tu nous partage. Sérieux En même temps tu pourrais me faire aCraire tute ce que tu veux HAHHAH Je bouwarais tes écris anyway